Les Rare Sats existent-ils vraiment ? Ce que Bitcoin produit, ce que la convention nomme
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Les Rare Sats suscitent depuis plusieurs années des réactions souvent très tranchées.
Pour certains, leur rareté serait directement inscrite dans Bitcoin. Pour d’autres, ils ne seraient qu’une construction artificielle inventée avec Ordinals, sans réalité propre.
Simtoshi, fondateur de Proof of Sats, vient de publier un article de fond consacré précisément à cette question : Ce que Bitcoin sait et ne sait pas de ses satoshis.
Un long travail qui repart volontairement de zéro : que sait réellement Bitcoin de ses satoshis ? Qu’est-ce qui peut être calculé directement à partir du protocole ? À quel moment commence la convention Ordinals ? Et que reste-t-il ensuite à l’appréciation des collectionneurs et du marché ?
L’objectif n’est pas de démontrer que les Rare Sats « ont de la valeur ». Il est d’abord de remettre chaque affirmation au bon niveau.
Bitcoin ne connaît pas les Rare Sats
C’est le point de départ de l’article, et il part volontairement et sans ambiguïté de l’objection.
Bitcoin ne possède aucun champ de rareté. Ses règles de consensus ne donnent pas de numéro de série aux satoshis et ne les suivent pas comme des objets individuels d’une transaction à l’autre.
La classification uncommon, rare, epic, legendary, mythic est une convention extérieure au consensus.
Mais l’analyse ne s’arrête pas là.
Car les événements auxquels cette classification se rattache, eux, sont bien produits par Bitcoin : chaque nouveau bloc, chaque période d’ajustement de difficulté, chaque halving et les rares moments où ces cycles se rencontrent.
La question devient alors plus intéressante : une convention peut-elle nommer quelque chose de réel sans pour autant faire partie du protocole ?
Des positions que chacun peut recalculer
L’un des exemples centraux de l’article est celui du bloc 840 000, le bloc du quatrième halving de Bitcoin.
En additionnant simplement les subsidies prévus par le calendrier d'émission avant cette hauteur, on obtient :
1 968 750 000 000 000
C’est précisément le numéro attribué, selon la convention Ordinals, au premier satoshi du bloc 840 000.
Ce même satoshi a ensuite été vendu par ViaBTC pour 33,3 BTC en avril 2024.
L’intérêt de l’exemple n’est pas son prix. C’est le fait que sa position puisse être retrouvée avec une multiplication élémentaire, sans marketplace, sans indexeur spécialisé et sans devoir faire confiance à celui qui le vend.
Le calcul est reproductible. Le fait de qualifier cette position d’epic est une convention. Le prix payé appartient encore à un autre niveau : celui du marché.
Là où la convention commence vraiment à compter
L’article examine aussi la partie plus difficile du sujet : suivre un satoshi après sa création.
Bitcoin ne dit pas quelles unités contenues dans les entrées d’une transaction doivent être associées à chacune de ses sorties. Ordinals doit donc ajouter ses propres règles, notamment le principe first in, first out.
C’est ici que les limites apparaissent clairement.
Certaines choses peuvent être déduites du calendrier d’émission de Bitcoin. D’autres dépendent d’une convention déterministe. D’autres enfin relèvent de choix culturels : décider qu’une provenance, une position ou un numéro mérite d’être collectionné.
Mélanger ces niveaux est l’erreur qui fait que souvent, le débat s’égare.
Un article qui va bien au-delà de Proof of Sats
Le texte revient également sur les premières discussions autour de la numérotation des satoshis dès 2012, bien avant Ordinals, sur la différence entre Rare Sats et Exotic Sats, sur l’objection « 1 sat = 1 sat », sur la fongibilité, le développement d’un marché et les limites des analogies avec la numismatique.
Proof of Sats y apparaît comme cas pratique : que se passe-t-il lorsqu’on prend cette notion de provenance suffisamment au sérieux pour lui donner une forme physique ?
L’article assume d’ailleurs la position de son auteur : lorsqu’on crée et vend des objets reposant sur des satoshis identifiés, il est d’autant plus important de distinguer ce qui est garanti par Bitcoin, ce qui dépend d’Ordinals et ce qui repose finalement sur la confiance ou sur la décision d’un collectionneur.
La conclusion reste donc volontairement ouverte.
On peut comprendre parfaitement le fonctionnement des Rare Sats et décider qu’ils n’ont aucun intérêt. On peut aussi considérer que leur provenance et leur position dans l’histoire monétaire de Bitcoin en font des objets de collection. La décision appartient à chacun.
Mais avant de discuter de leur valeur, encore faut-il discuter de la même chose.
C’est l’objectif de Ce que Bitcoin sait et ne sait pas de ses satoshis.